songes d'un art aimé

le temps de lire , comme le temps d'aimer, dilate le temps de vivre Daniel PENNAC
 
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 Littell

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ilios
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MessageSujet: Littell   Dim 4 Mar - 17:18



Voila un sujet tres délicat à aborder dans un roman : la 2eme guerre mondiale du point de vue d'un ss.

Dans un tel livre , minutieusement documenté, les ecueils à eviter étaient nombreux des le depart, plusieurs furent évités pas tous.

Ce roman me laisse un sentiment mitigé avec à la fois des qualités indéniables mais également des défauts probablement inévitables dans ce genre de roman.

Tout d'abord, je regrette l'utilisation un peu excessive de termes et de sigles allemands qui pour certains du moins auraient pu être traduit sans en altérer ni le sens ni la force.

Ensuite , le personnage de Maximilien Aue est tout sauf banal donc, et c'est je pense un travers important, empêche des réflexions personnelles autrement plus profondes et dérangeantes que s'il avait été au départ dans une certaine "normalité". Ses actions ne sont pas seulement le fait d'être né d'un coté de la barrière plutôt que d'un autre, sa vie si elle en eut été changée n'aurait pas pour autant pu se dérouler de facon anodine quelles que fussent les circonstances.

Cette personne ne considère pas ce qu'elle fait comme condamnable personnelement et se dédouane en mettant son attitude et son action sous le couvert de l'action collective, attitude communément adoptée par de nombreux accusés lors des proces de Nuremberg, il ne fait qu'obeir aux ordres sans se remettre en cause personnelement.
Même si inconsciemment son corps rejette ses actes par des manifestations physiques peu ragoutante (qu'il n'est à mon avis pas necessaire de détailler), ses reflexions personnelles sont limitées et se plient aux ordres de ses supérieurs .

La volonté de l'auteur d'en faire une personne cultivée montre que l'inhumanité ne résulte pas du seul fait d'imbéciles aux attitudes bestiales et primitives mais pour en arriver à de telles extrémités, il fallait que certains mettent leur intelligence au profit des volontés les plus abjectes.

Alors, d'un point de vue physique, ces personnes étaient humaines certes mais d'un point de vue moral, ces personnes n'avaient rien d'humain.

Il faut reconnaitre à l'auteur un travail remarquable de documentations, de recherches historique qui en font un livre exceptionnel d'un point de vue historique, livre qui a été reconnu par Jorge Semprun comme un livre d'une grande qualité.


Donc , même si ce livre peut choquer par sa crudité de nombreux lecteurs (concernés ou pas par la shoah), il n'en reste pas moins un document rare à un moment ou les témoignages directs vont peu à peu s'éteindre. Un livre à lire et encore plus probablement un livre à relire.

4 / 5


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MessageSujet: Re: Littell   Dim 4 Mar - 22:19

bravo, belle critique. La mienne ne saurait tarder.

PS: bravo et j'insiste, sur l'effort du passé antèrieur et du subjonctif plus-que-parfait dans la critique. Ces utilisations de temps coulaient de source et apportent une touche très agréable à la lecture. Quelle belle langue que la notre Wink

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MessageSujet: Re: Littell   Jeu 15 Mar - 20:12

Ma lecture fut très découpée à cause d'obligations diverses et familiales mais je viens de le terminer; je le digère lentement (tant ce fut copieux) et en fais la critique dès demain.

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MessageSujet: Re: Littell   Ven 16 Mar - 18:07

L'essentiel ayant été dit plus haut, je ne rentrerais pas plus avant dans un énième résumé de ce roman fleuve; je me contenterai d'exprimer mes sentiments avec le plus de recul possible.

D'abord, soyons clairs, ce roman n'est physiquement pas à la portée de tous. Ce n'est pas un poche et qui plus est son volume et son poids empêchent même toute lecture-loisir dans le bus ou dans la salle d'attente d'un dentiste; faut quand même se coller 994 pages (sans compter les annexes) sur un thème très lourd et peu propice à vous donner envie d'aller gambader dans les prés.

Passées les impressions d'ordre pratique, je dois bien avouer être passé par tous les sentiments à la lecture de ce livre: horreur, dégoût, passion, intérêt et j'en passe. Au final c'est bien ce que l'on attend d'un livre; qu'il nous transporte et nous fasse vivre. C'est terrible toute cette MORT ambiante dans un livre et toute cette VIE qu'il procure dans la multiplicité des tableaux dressés, des sentiments évoqués, des situations vécues, des pays traversés. Pourtant, il me semble qu'il n'y a rien d'antinomique ici puisque finalement la vie l'a emportée et comme l'espérait Zweig à la veille de sa mort, on a vu l'aurore après la longue nuit.

Je m'interroge encore plus aujourd'hui sur les raisons pour lesquelles certains ont littéralement flingué Les bienveillantes (je pense à Yann Moix notamment). En effet on peut très bien détesté un livre, là n'est pas la question; mais lui reprocher un certain voyeurisme malsain, une horreur néfaste n'apportant rien et une écriture médiocre et sans intérêt, là je ne comprend pas.
D'abord, le roman est placé du côté du bourreau (max Aue) puisque le narrateur est un officier SS qui, de surcroît, n'est pas un plénipotentiaire quelconque mais un officier de terrain. le décor est posé. On sait qu'on va découvrir l'horreur de la guerre. Alors à ces esprits là il faudra leur redire encore: non la guerre n'a jamais été propre, oui les massacres étaient arbitraires, oui on assassinait femmes et enfants, non tous n'étaient pas prédestinés à être bourreaux (la confrontation avec la folie en a gagné beaucoup).Qu'a t-il cru cet écrivaillon de Moix ? Qu'il fallait y mettre la forme ? Qu'à Stalingrad la neige était blanche et que tous ces morts ressemblaient au dormeur du val, paisiblement couché le sourire aux lèvres ? Passons....

Ensuite, j'ai trouvé que l'écriture était très belle, efficace et chirurgicale. J'accorde volontiers un excès, quelque fois néfaste, de germanismes et grades militaires que Littell aurait pu nous traduire. C'eût été plus simple et plus fluide à la lecture; malgré tout je m'y suis fait. Pour en revenir à l'écriture, elle s'est abaissée à moi; j'ai mis en forme le verbe de Littell. Soudain les mots ont pris leur sens; j'ai ainsi ressentis bien souvent l'odeur de la poudre et du sang, je suis tombé maintes fois aux côtés d'un cadavre dans une fosse commune, j'ai sentis l'odeur si singulière d'un corps en putréfaction, les relents émétiques provoqués par les odeurs d'excréments.
Non ce n'est pas gai vraiment, mais qui a dit que la guerre l'était ? Contrairement à Moix qui considère que ce roman n'a rien apporté et pouvait éviter de tomber dans une certaine forme de complaisance (quel imbécile!), je pense au contraire que ce roman a pu rappeler à beaucoup à quel point l'horreur d'une guerre ne se résume pas à des chiffres évoqués au journal de 20h et que derrière ces chiffres se trouvent des hommes massacrés, des femmes violées et des enfants depecés. Alors oui, ça choque, ça donne envie de vomir et ça dérange certaines consciences mais pourtant c'est ainsi.

Enfin, Les bienveillantes nous confronte avec la part sombre de l'homme. Au départ rien ne prédisposait Max Aue à être bourreau. Nombreux étaient ces allemands se reconnaissant dans les thèmes du NSDAP de hithler: réhabilitation de l'Allemagne bafouée, combat contre le chômage, redonner le pouvoir au peuple (Völkisch) etc....point de solution finale ni de jusqu'au-boutisme aveugle. C'est ce qui rend ce livre dérangeant peut-être; on voudrait croire que ceux qui ont gazé des juifs, des tsiganes, des communistes etc....n'étaient pas des hommes mais des monstres. Ils nous ressemblent trop, ils ont des familles, des loisirs, vont en vacances, rient....ils jouissent de la vie en somme et ce qui nous les rend insupportables.
Certes Max Aue possède une belle part de vices (sexualité refoulée et ambigüe), ces idées politiques sont claires mais pour autant il a des regrets à de nombreuses reprises, il s'interroge sur la question juive et admet une erreur fatale dans leur traitement. De plus on assiste à sa chute, ses rapports avec sa soeur, sa mère et son beau-père nous éclairent sur le fond de cet homme perdu, en désespérance mais aussi capable de sentiments humains.

En somme, Les bienveillantes est un livre très important, qui relate sur le vif l'horreur des ces hommes qui pensaient être supérieurs à d'autres et qui, à ce titre, ont commis tout ce qu'il y a de plus abject. Mais c'est aussi l'histoire d'un homme qui laisse sa part d'humanité, de perfectibilité lui laisser entrevoir le fond de l'âbime, le remords et le poids de la conscience; ces sentiments inscrits comme un sceau marqué au fer rouge au plus profond de son âme.

Ma note: 4,5/5

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julie
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MessageSujet: Re: Littell   Sam 24 Mar - 0:13

Un livre qui ne se lit pas à la légère, qui a l'air très dur.
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ilios
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MessageSujet: Re: Littell   Sam 24 Mar - 13:03

Je te rejoins assez sur tes points de vue

Je reconnais a Moix le droit d'avoir été choqué et peut être blessé de lire des choses qu'ils connaissait mais qu'ils ne voulait surement pas lire de facon si cru, il est plus "confortable" de savoir ces choses ( je parle principalement des massacres et des exactions hors des camps ) et de les voir sur de vieux documents vidéos de pietre qualité qui par leur nature nous offre une vision moins "obscene" ou pornographique comme tu le dis. Cependant tout en lui reconnaissant ce droit , je regrette moi aussi sa facon outranciere de parler du livre.

on pourra regretter quelques passages assez grotesques et surprenant sur la fin du livre.
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Pygargue
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MessageSujet: Re: Littell   Sam 24 Mar - 14:37

J'ai dévoré ce roman.

Les problèmes psychologiques auxquels Aue était confronté depuis son enfance mettent en relief toute l'absurdité des conflits qui surgissent entre les hommes sur le plan géopolitique. Car, à n'en pas douter, il n'y a jamais qu'un seul homme qui structure son idéologie à partir de déterminismes tout à fait personnels, en investissant par la suite le champ social avec et malgré de grandes lacunes humaines.

Nous savons depuis toujours que la guerre est absurde mais elle le devient encore plus quand on réfléchit au fait que ceux qui se donnent le droit de sous-humaniser autrui sont loin d'être des modèles d'élévation de la conscience.

J'ai bien aimé les références tordues à la philosophie, dont 2 succulentes quand on sait que l'histoire a jugé les conceptions de Kant et de Nietzsche responsables en grande partie de l'idéologie nazie. La démonstration de l'impératif kantien ne tient absolument pas chez les nazis; quant à Nietzsche, même si Les bienveillantes est un roman et non un document officiel sur la 2e guerre, Littell prend la peine de mentionner en quelques endroits que plusieurs Allemands n'avaient absolument pas lu Nietzsche.
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